Le défilement excessif affecte-t-il le cerveau ?
Ce que votre médecin aimerait vous dire
Encore une petite vidéo, encore un message, et soudain, une heure s’est déjà écoulée. De nombreux parents se demandent quels sont les effets du défilement sans fin sur le cerveau de leurs enfants. La science constate des changements dans le cerveau, mais ne sait pas encore exactement quelle en est la cause ni quelles en sont les conséquences à long terme.

En 2024, l’université britannique d’Oxford a élu le mot« brain rot » (littéralement« pourriture du cerveau ») mot de l’année, ravivant ainsi le débat sur le défilement sans fin sur les réseaux sociaux. Ce terme fait référence à la détérioration potentielle du cerveau due au visionnage prolongé de vidéos sans intérêt. Les experts lancent des avertissements depuis longtemps : un défilement excessif peut surcharger la mémoire à court terme et rendre difficile le maintien de l’attention. Chez les jeunes adultes ayant une utilisation extrême du smartphone, les schémas cérébraux ressemblent parfois à ceux observés en cas de dépendance à l’alcool.
Soyez attentif aux pertes de concentration
Remarquez quand le défilement interrompt systématiquement votre concentration ou celle de votre enfant.
Rangez le smartphone hors de vue pendant les devoirs, la lecture ou toute autre activité nécessitant de la concentration.
Soyez attentif aux problèmes d’attention et de maîtrise de soi, par exemple lorsque votre enfant se saisit inconsciemment de son smartphone.
Que dit la science ?
La prise de conscience des inconvénients potentiels d’une utilisation excessive d’Internet et du smartphone s’est fortement accrue ces dernières années. Un article de synthèse publié en 2024 a rassemblé sept études sur la dépendance au smartphone et les fonctions cérébrales. Dans ces études, les chercheurs ont utilisé des scanners cérébraux de personnes présentant une utilisation problématique du smartphone. Les scanners ont révélé chez ces personnes une activité et des connexions réduites dans le cortex préfrontal et temporal du cerveau.

Quel est le rôle de ces zones cérébrales ?
Les cortex préfrontal et temporal jouent un rôle important dans la réflexion et le comportement.
Une activité réduite dans ces zones peut rendre plus difficile la génération de nouvelles idées et la créativité.
Les chercheurs ont également constaté des problèmes de mémoire et de maîtrise de soi.
Un déclin des capacités motrices
D’autres résultats ont mis en évidence une détérioration des capacités motrices, de l’équilibre et des fonctions cognitives, telles que la réflexion et la mémoire. On a également constaté une diminution des connexions entre les zones cérébrales impliquées dans le système de récompense. De telles perturbations peuvent contribuer à des comportements addictifs. Elles ne sont toutefois pas nécessairement causées uniquement par une utilisation excessive du smartphone.

Cause et effet restent encore inconnus
Peut-être ce déclin résulte-t-il d'une prédisposition génétique ou d'autres facteurs liés au mode de vie.
Seules des études portant sur un suivi à long terme permettront d’apporter davantage de précisions à long terme.
Ne considérez donc pas la « dégénérescence cérébrale » comme une conséquence avérée de l’utilisation du smartphone, mais restez vigilants.
L’univers numérique engendre de nouveaux problèmes
Les psychiatres pour enfants et adolescents constatent l'apparition de nouveaux problèmes liés à l'univers numérique des jeunes. Ils citent notamment la solitude, le cyberharcèlement, l'exclusion sociale et les troubles du sommeil résultant d'une utilisation prolongée des réseaux sociaux. Les contenus en ligne peuvent également aggraver les troubles alimentaires : les images idéalisées influencent en effet l’image de soi et le développement de l’identité des enfants. Les réseaux sociaux peuvent ainsi contribuer à l’anxiété et à la dépression.

Le lien fonctionne dans les deux sens
Les jeunes vulnérables souffrant de troubles psychiques passent parfois délibérément beaucoup de temps à faire défiler des contenus, comme mécanisme d’évasion de la réalité.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, une utilisation accrue des écrans peut aggraver les troubles psychiques existants.
À l’inverse, les troubles existants peuvent donc également conduire à une utilisation accrue des écrans.
Une utilisation saine des écrans nécessite des choix clairs
Il est donc difficile de dire si le fait de faire défiler les écrans de manière excessive affecte le cerveau à long terme. Les scanners révèlent des modifications temporaires de l’activité cérébrale qui affectent la créativité, la mémoire, l’attention, la maîtrise de soi et le système de récompense. C’est pourquoi les experts recommandent d’utiliser les smartphones de manière consciente et de veiller à un temps d’écran sain.

Fixez-vous des limites
Ne laissez pas vos loisirs disparaître parce que le temps passé devant les écrans prend de plus en plus de place. Réservez délibérément du temps pour des activités sans écran, comme la lecture, la marche, le sport ou les activités sociales.
Limitez l’utilisation des écrans avant le coucher et mettez le smartphone hors de portée lorsque la concentration est nécessaire.
Établissez des règles claires et discutez du cyberharcèlement et des normes irréalistes qui circulent largement sur les réseaux sociaux. Expliquez pourquoi ces images peuvent être trompeuses.
Les jeunes enfants s’inspirent de votre exemple
On a vite fait de sortir un écran lorsqu’on doit faire patienter un jeune enfant, par exemple au restaurant ou dans les transports en commun. Pour autant, chaque moment d’inactivité ne doit pas nécessairement être comblé par un smartphone ; l’ennui a le droit d’exister. Ne passez pas votre temps à faire défiler votre écran en présence de votre enfant, surtout lorsque vous jouez ensemble. Rangez votre smartphone hors de vue et ne réagissez pas à chaque notification, afin de montrer que vous maîtrisez votre temps.

Rendez les moments d’attente sans écran
Au restaurant ou dans une salle d’attente, emportez un livre de coloriage et des crayons plutôt qu’un écran. Faites-en une habitude.
Lors d’un long trajet en voiture, optez pour une histoire audio.
Une semaine sans Facebook
Une étude danoise de 2016 a porté sur près de 2 000 participants. À l'époque, les réseaux sociaux se limitaient encore en grande partie à Facebook. Un groupe n'a pas utilisé Facebook pendant une semaine, tandis que l'autre groupe a continué à utiliser ce réseau social sans restriction. Avant et après cette semaine, les participants ont répondu à des questions sur leur bien-être, leur satisfaction et leur vie émotionnelle.
Qui a ressenti la plus grande différence ?
Les chercheurs se sont intéressés aux sentiments de jalousie, aux émotions ressenties lorsque les participants publiaient des photos d’eux-mêmes en ligne et à ce qu’ils ressentaient en voyant celles de leurs amis.
Après une semaine sans Facebook, le groupe ayant fait une pause d’une semaine sur les réseaux sociaux s’est senti, en moyenne, plus satisfait et mieux dans sa peau que le groupe ayant continué à utiliser Facebook.
L’effet était le plus marqué chez les personnes qui passaient habituellement beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. Les chercheurs leur ont conseillé de faire régulièrement une pause sur les réseaux sociaux.
Nous pouvons affirmer avec certitude que les réseaux sociaux ont une influence sur notre cerveau et notre santé mentale. Nous ne connaissons toutefois pas encore leurs conséquences à long terme ni les mécanismes précis qui entrent en jeu. Essayez donc d’en limiter l’utilisation en occupant vos moments de temps libre, par exemple en lisant un livre ou en pratiquant une activité sociale.